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Point de rencontre des cultures

Pendant des milliers d’années, la côte et les îles de la Basse-Côte-Nord du Québec ont été le siège de plusieurs cultures distinctes, chacune d’elles façonnant la riche histoire de la région.


Il y a plus de 8000 ans, à l’arrivée ici des premiers Indiens archaïques maritimes, la terre émergeait de la fonte de l’Inlandsis laurentien ou glaces laurentiennes. Ils ont vécu des produits de la terre et de la mer, chassant le phoque, le morse et divers poissons et gibiers.



Un peuple distinct par sa culture et sa langue, connu comme les Paléo-Esquimaux, est venu en Basse-Côte-Nord il y a environ 2500 ans. On peut retrouver les racines de cette culture jusque dans l’Arctique canadien et en Alaska, et, à la  limite, dans le nord-est de la Sibérie. La découverte de minuscules outils colorés faits à la main est un bon indice que les Paléo-Esquimaux avaient aussi  une culture essentiellement maritime. Ils puisaient leur nourriture et leur approvisionnement dans les ressources de l’océan;  par exemple, ils alimentaient leurs lampes de stéatite avec l’huile des mammifères marins.


Les premiers contacts avec les Européens datent probablement   du XVe siècle. Les historiens ont confirmé la présence des Basques dans la région depuis 1530. Chaque année, les navires en provenance des provinces basques de France et d’Espagne viennent chasser la baleine noire  et la baleine boréale dans le détroit de Belle-Isle. Dans les campements de pêche le long de cette côte, ils transforment la graisse de baleine fondue en une huile remarquable. Certains armateurs font fortune pendant  cette période du premier boom de l’huile dans le monde. D’autres ne sont pas aussi chanceux, comme les nombreux marins qui vont perdre la vie dans les eaux froides et dangereuses de la mer.

 

En 1534, l’explorateur français Jacques Cartier part de Saint-Malo, en France, à la recherche d’un passage vers l’ouest qui donnerait accès aux richesses de l’Orient. Il traverse l’Atlantique Nord avec deux navires et soixante et un hommes en seulement deux mois. La tradition veut que Cartier ait d’abord foulé le sol nord américain sur l’île Greenly, au large de Blanc-Sablon dans le détroit de Belle-Isle. Il aurait assisté à la première messe catholique officiellement consignée dans le Nouveau Monde à un lieu nommé Brest, qu’on croit être le site de l’actuelle collectivité de Vieux-Fort.   

Au XVIIe siècle, les pêcheurs français commencent à dominer l’industrie  euro-péenne de pêche à la morue de la Basse-Côte-Nord. Ils salent ou font sécher de grandes quantités de poissons pêchés dans les eaux environnantes. Les Français échangent aussi des armes à feu et autres outils contre des fourrures avec les Innus (Montagnais) de la région. D’autre part, ils se battent parfois aux côtés de ces derniers contre les Inuits. Vers  le milieu du XVIIe siècle, une bataille légendaire s’est déroulée sur Eskimo Island, près de l’actuel Rivière-Saint-Paul. Plus de mille Inuits y auraient péri.

 

Au XVIIIe siècle, le roi de France octroie des droits de propriété, de pêche et de commerce sur la Basse-Côte-Nord à de simples particuliers. Parmi ces concessionnaires, comme on les appelle alors, figure Augustin Le Gardeur de Courtemanche, un ancien officier de l’armée française.

En 1702, Courtemanche reçoit pour une période de dix ans la concession d’un domaine qui s’étend de la rivière Kegaska en Basse-Côte-Nord à l’anse Hamilton au Labrador. On lui octroie plus tard une concession à vie à la baie de Brador, appelée autrefois baie Phelypeau. Il y bâtit une résidence fortifiée, le fort Pontchartrain. Par la suite, le nombre des concessionnaires ne cesse de croître, si bien que vers 1748, toute la Côte est louée pour la pêche au saumon, la chasse au phoque et la traite des fourrures.

Après la conquête de la Nouvelle France par les Anglais en 1763, les concessionnaires français quittent la Basse-Côte-Nord. Les marchands anglais s’accapa-rent des intérêts commerciaux et, désireux de protéger leur monopole, ils découragent toute tentative d’établissement permanent dans la région. Toutefois, vers 1830, la population européenne de la Basse-Côte-Nord est passée de douze à près de cinquante – la plupart des habitants provenant d’Écosse, d’Angleterre ou de l’île de Jersey.

Vers 1850, des familles d’autres parties du Québec et de la Nouvelle-Écosse, des îles de Jersey et d’Angleterre, en quête d’un moyen de subsistance plus sûr, émigrent en Basse-Côte-Nord. Autour de 1870, quarante familles de Terre-Neuve arrivent à leur tour. Tablant sur la terre et la mer et sur leur propre ingéniosité pour leur survie, ces pionniers vont contribuer à façonner la Basse-Côte-Nord telle qu’elle est aujourd’hui.